Les deux membres du groupe Seppuku Paradigm, Willie et Alex Cortés, se sont retrouvés dans le monde de la musique de film un peu par hasard. Mais leur inventivité et leur talent justifient pleinement qu’ils y restent encore longtemps.
HDvision : le label Seventeen Records s'apprête à éditer en tirage limité vinyl collector votre 'back catalogue'. Quand on regarde ces magnifiques pochettes de Martyrs et Red Nights, on se dit que vous êtes en train de devenir les compositeurs attitrés d’un certain noyau du cinéma de genre français…
- C’est vrai qu’un projet nous en amène un autre. C’est Sébastien Prangère, le monteur de Martyrs, réalisé par Pascal Laugier, qui nous a appelés pour Les Nuits rouges du bourreau de Jade de Julien Carbon et Laurent Courtiaud. C’est seulement notre troisième long-métrage, après Martyrs et Eden Log de Franck Vestiel. Et Franck était l’assistant de Pascal Laugier sur son premier film Saint-Ange !
HDvision : On ressent dans vos compositions une certaine influence de la musique de film italienne des années 70.
- Notre culture musicale n’est pas la même que celle de Pascal Laugier, Laurent Courtiaud ou Julien Carbon. Notre travail découle avant tout de leurs choix : ce sont eux les réalisateurs, et notre musique doit aller comme un gant à leur projet. Nous essayons bien sûr de gratter là-dedans et de préserver notre personnalité, en exploitant nos propres sources d’inspiration. C’est un peu leurs influences vues à travers nos yeux. Sur Les Nuits Rouges, on n’a eu aucune piste temporaire comme référence. Laurent et Julien en avaient utilisé une pour le montage, mais ils ont refusé de nous la faire écouter. On a entendu qu’un seul morceau provisoire, parce qu’on l’a demandé. Il s’agissait de la scène d’ouverture, pour laquelle ils ne savaient pas trop ce qu’ils voulaient. Il a fallu vraiment insister pour entendre ce premier essai, car j’ai l’impression que Julien et Laurent savent que les musiciens sont bien meilleurs quand on leur laisse le champ libre, quitte à faire quelques erreurs parfois et à devoir recentrer. De plus, se confronter à une musique temporaire peut vous plonger dans le doute. On n’a pas forcément le recul nécessaire pour savoir si ce qu’on a fait est mieux ou moins bien que la partition préexistante. Et puis il faut bien l’avouer, quand un réalisateur monte avec une Temp Track très forte, qu’il revoit son montage quinze, vingt fois avec cette musique-là, c’est quasiment mission impossible pour lui faire changer d’orientation après.
HDvision : Il faut effectivement éviter d’accompagner ses montages provisoires avec du Berlioz ou du Wagner si on ne peut pas se payer plus de trois instruments en post-production…
- Tout à fait! Evidemment il y a des programmes très performants pour simuler un orchestre avec un simple ordinateur, mais le public est habitué à entendre des BO hollywoodiennes enregistrées avec des budgets colossaux.
HDvision : Le minimalisme peut aussi être une approche tout à fait viable. Regardez The Social Network qui a remporté l’Oscar de la meilleure bande originale : c’est deux mecs dans un studio.
- Après, je dois dire qu’on aimerait bien avoir le Home Studio de Trent Treznor, et les instruments qui vont avec ! (rires)
HDvision : On sent quand même dans votre musique une volonté acoustique, avec de nombreux instruments enregistrés en live.
- On joue tous les deux, donc effectivement il y a de la guitare, de la batterie, des percussions, de la basse, du chant… L’orchestral, on est un peu obligé de s’y mettre, ne serait-ce que pour réussir à trouver notre place dans la musique de film en France. Mais le minimalisme nous parle beaucoup plus. On vient du rock. On ne s’est jamais dit qu’on allait faire de la musique de film un jour. Evidemment, de par notre génération et sans vraiment bloquer sur le cinéma, nous avons forcément été impressionnés par des artistes comme John Carpenter...
HDvision : Vous allez continuer dans la musique de film ?
- Difficile à dire. On n’a fait que trois longs-métrages.
HDvision : Vous n’imaginez pas le pourcentage de compositeurs en France qui s’arrêtent à un seul…
- On est chanceux alors ! A Sitges, on a reçu un prix pour la BO des Nuits Rouges, et on était un peu gênés. Super contents mais en même temps, on avait l’impression qu’on n’avait pas vraiment le droit de recevoir une telle récompense…
HDvision : La musique, pourtant, fait vraiment corps avec le film, elle le sert de manière cohérente sans tomber dans les pièges du post-modernisme.
- Pour ce film-là, on a écrit beaucoup de musique, puis on s’est rendu compte qu’il y en avait trop. On a épuré à l’étape du mixage. Résultat : les thèmes les plus forts ressortent, le reste appuie surtout l’ambiance. Quand la BO va sortir, les gens vont être surpris. Ce sera comme un album, plus fourni au niveau des rythmes par exemple. Peut-être qu’on fera un téléchargement gratuit ensuite, l'avenir nous le dira.
Propos recueillis par David Fakrikian & Alexandre Poncet, en partenariat HDvision / FreneticArts.
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